|
Orphelin de Coton
Il parait que certains nuages sont éternels. Mathias ne s’en souciait guère. Les yeux plongés vers le bitume, il marchait en accélérant le pas, évitant de croiser les passants. Jeune garçon à la timidité excessive, il ne possédait plus la force d’affronter le regard du monde. Un soir d’orage, on l’abandonna près de l’entrée d’une modeste maison d’ouvrier. Lorsqu’il comprit que ses parents adoptifs n’étaient pas ses vrais parents, il s’enferma dans un long mutisme. Perdu dans son monde, il s’échappait de la réalité à travers ses livres d’images où des fleurs géantes l’enlaçaient tendrement. Mathias devait s’efforcer de combattre chaque journée d’existence, déployant une énergie incommensurable. Dans un coin minuscule de son esprit, il la parquait, cette peur incontrôlable, cette peur des autres. Malgré ce handicape, il était calme, posé, gentil et serviable. Presque trop. Son seul ami vivait sur un balcon. C’était un vieillard lucide, oublié de ces enfants, qui passait ses journées à rêver sur une chaise, observant les nuages, entassant des livres dans sa chambre comme des sculptures ornementales. A sa manière, il était lui aussi un orphelin. Mathias lui rendait visite tout les jours en sortant de l’école. Il lui faisait signe du bas de la rue, et l’homme l’invitait aussitôt à monter. Lorsqu’il entrait dans l’appartement du vieillard, l’enfant sentait son corps s’alléger. Les tapisseries anciennes, alliées aux impressionnantes piles de livres conféraient à la pièce un atmosphère apaisant. Mathias aimait les livres, autant que son ami. C’est pourquoi chaque après-midi, le vieillard lui proposait de nouvelles aventures. Ils partaient loin, très loin. A la chasse aux Dragons, dans les profondeurs de la Terre jusque sur les trois lunes entourant des systèmes encore inconnus. La joie se peignait sur le visage de Mathias. Lumière divine, elle perçait de ses rayons la solitude de l’octogénaire. Aujourd’hui, une voix douce et vacillante contait une histoire oubliée. Un minuscule livre perdu entre une centaine de ses frères, que Mathias curieux s’empressa de donner au lecteur. Assis, en tailleur, il écoutait glisser les phrases mystiques et envoûtantes. Une histoire oubliée, une histoire de nuage. « Il y a bien longtemps, dans les cieux les plus bleus où subsiste l’air le plus pure, d’innombrables cités cotonneuses naquirent, immaculées par la paix. Issues des nuages éternels, elles abritaient un peuple grouillant d’animaux minuscules, semblable à un centième d’humain, vivant de l’humidité et des rayons solaires. De leur piédestal, ils observaient les Hommes. Il y avait en ceux-ci des sentiments étranges, floues et glacés capables de détruire tout espoir, d’éradiquer chaque souvenir, chaque pensée. Ainsi, toute mauvaise action entraînant le désarrois, la haine ou la peur, brisait le cœur d’un habitant du peuple des nuages. A force le ciel se chargea de gris, de cette couleur annonciatrice d’un temps nouveau où la terre comme par magie, s’allie avec les nuages par l’intermédiaire de la pluie. Souvent, ils croisaient des vaisseaux de coton vides de toute population. Des cités plus volatiles, composées d’eau, d’air et de vent. Il le savait, tôt ou tard, leurs îles s’évaporeraient elles aussi. Ils ne connaissaient pas la cause exacte de ces catastrophes, mais ils déduisaient intuitivement que les sentiments humains y avaient une part importante, comme si leur corps était relié aux âmes. A chaque pluie, une nouvelle ville tombait, s’écrasant en de fines gouttelettes, abreuvant les terres avides de leur puissance. Les êtres s’écrasaient, fusionnant avec la nature, s’incrustant dans les roches et les océans. Les guerres spirituelles continuaient, les mauvais sentiments s’amplifiaient apportant leurs lots de désespoir. Bientôt il ne resta plus qu’une seule île, la plus haute, la plus solide, la plus peuplée, l’île maîtresse du plus petit des peuples intelligents. ![]() Athi y habitait seul, depuis que le quartier ouest s’était effondré entraînant avec lui ses frères, ses sœurs et ses parents. Il n’était pas si triste de les savoir ailleurs. Il comprenait très bien qu’un jour il les rejoindrait lui aussi, plongeant comme une pierre dans les profondeurs de notre planète. Tous en étaient conscient et acceptaient leur sort.
Dans le centre du nuage, un temple de mousse regroupait les fidèles en quête de réponses. Lorsque les rayons du soleil le frappaient, ils apportaient la joie autour de lui, le bien-être et l’amour, attirant de nombreux habitants. Athi y venait très souvent. Il avait pris l’habitude de rester à la première place, écartant les bras de tout son long, absorbant chaque particule d’énergie. La nuit, tout le monde se reposait, se laissant vaquer à de simples occupations ou à un sommeil réparateur. Athi restait proche du temple. D’instinct il avait compris que les nuages s’amenuisaient à partir des côtés, alors que beaucoup d’autres ne semblaient pas de son avis. Au centre, il serait à l’abri d’un éventuel accident, d’un cœur briser, d’un élan de haine humain. Les quartiers tombaient un à un. La théorie d’Athi s’averra exacte. Il restait bien perché au centre, protégé de tout, retardant son inévitable chute vers les abîmes terriens. Alors que le soleil éclairait la face opposée du monde et que dans un élan de traîtrise, une femme fuyait son mari, s’échappant avec un homme qu’elle aimait en secret, le dernier quartier se rompit transformant la puissante cité en une ruine basique, une ruine de nuage, ceux que nous voyons flotter désormais dans le ciel. Athi chuta avec elle, plongeant vers le sol. Il n’avait jamais senti de telles sensations de plaisir. Plus que le soleil, la pluie transformait son corps. Il se sentait grandir, pousser. Sa peau lui faisait mal, comme si on tirait sur ses bras et ses jambes. Lorsqu’il vit le sol s’approché, il ferma les yeux. Il était devenu humain, mais il avait oublié. Oublier sa cité. La brume de son esprit semplifia. Il avait l’allure d’un enfant de 3 ans. A bord de cette planète, nous voguons à travers l’espace. Bien à l’abri, la voile grande ouverte, nous tournons sans cesse. Comme des nuages, nous voyageons, nous croisant les uns les autres, fusionnant, nous élevant un peu plus. Certains pleuvent d’autres s’évaporent, mais toujours nous restons les mêmes. Nous tournoyons. Petits Atomes d’un tout. Et sur les nuages, il voyageait aussi, ce peuple oublié de tous. Ce peuple dont certain son issu. » Mathias se laissait porté par la voix du vieillard. - C’est déjà fini ? Demanda-t-il. - Oui ! Malheureusement. - Et que devint Athi ? - Un beau jeune homme qui adore la lecture. Mathias écarquilla les yeux. - Tu ne t’es jamais demandé pourquoi un jour d’orage on te découvrit à la porte d’une maison, rachitique, affamé et détrempé ? Observa l’octogénaire. - Je serais cet enfant ? Athi ? - Bien plus encore, je suis moi aussi un orphelin des nuages. Depuis ce jour, Mathias ne baisse plus la tête, il contemple le ciel, vestige de son passé, là où il a vu le jour. Il imagine, comme un enfant, sa vie détruite par la tristesse humaine. |
||
|
|
L'Ombre Temps
Les nuages rougissaient de plaisir sous les caresses incessantes de la Tour d’Eon, qui de sa magnificence dominait les ruelles fleuries, les canaux tortueux et les toits branlants de la cité d’Hyrèa. Or et ambre, la majestueuse structure resplendissait sous les rayons du Très Lumineux. Son ombre, traînée obscure, balayait les quartiers, apportant repos et fraîcheur à quiconque lui rendait hommage. Eon, l’immuable, l’inaltérable, berçait chaque vie, chaque être admirant sa grandeur et louant sa beauté. Pourtant, enfouie au cœur du quartier de Onze-Heures, Elyssa, une jeune enfant, haïssait de toute son âme le titan millénaire, intangible et sacré. Au creux de ses rêves, elle avait senti battre l’essence même du monde, l’essence même de l’univers qui hurlait de douleur, comme si Eon elle-même, plantée dans les entrailles terrestres par des mains divines, était la cause d’une déferlante muette et cauchemardesque. Un déluge de terreur emplissait les songes d’Elyssa. Un déluge ténébreux et glacé, pareil aux quelques hivers qu’elle avait pu rencontrer sur les pavés de sa minuscule existence ; un mouton de poussière éphémère cherchant à se dresser face à l’éternité personnifiée. Hyrèa, connue sous le légendaire nom de Ville Cadran, subissait d’indéchiffrables sévices liés à l’ombre d’Eon, qui semblait se figer par moment, s’étirer, se tordre et parfois même se ternir. Pour la première fois, savants et ecclésiastiques s’accordèrent pour augmenter les offrandes, qui depuis la Création, couvraient les pieds de l’immortel édifice. Pourtant, chaque jour, à chaque heure, un quartier se voyait touché par l’ombre infectée. Les habitants désertaient alors les rues, se réfugiant à l’abri, allumant torches et bougies. On fermait ses portes aux ténèbres mais partout elles se glissaient, jusque derrière la lumière éclatante et artificielle des foyers. Les coins des pièces, l’intérieur des tiroirs, des armoires et des lits devenaient source de danger. Cet étrange phénomène contaminait même l’ombre des habitants. Quelques malchanceux la perdirent brusquement. On les retrouvait alors, le jour suivant, aussi froids que les terres qui bordent l’univers, aussi inanimés que les sacrifices animaliers souillant l’or et l’ambre. C’est ainsi qu’Elyssa avait perdu son frère, Ark, de 3 ans son aîné, dont l’ombre avait été happée par celle de la tour. Elle s’était échappée, glissant entre ses doigts telle un long ruban de velours noir. Puis, la nuit tombée, sa vie l’avait imitée brisant les illusions de sa petite sœur, comme les espoirs de ses parents, laissant entre leurs mains la sensation glacée du vide, de la désolation. Depuis, à l’heure où les enfants jouaient dans les jardins et les ruelles, on enfermait Elyssa à double tour dans sa chambre. Là, une énorme bougie projetait sur les murs une myriade de formes sombres et immobiles. Des volets épais bannissaient la lumière diurne. Cloîtrée, elle rapiéçait ses rêves, dépeçait ses angoisses. Lorsque l’ombre envahissait Douze-Heures, elle quittait sa geôle à la recherche du bonheur. En une semaine, les évènements se bousculèrent, cherchant à renverser l’équilibre du monde. Le temps s’émiettait, se figeait. Le soleil n’entraînait plus l’ombre d’Eon dans sa course, elle développait sa propre conscience, désignant de manière erratique les quartiers. Etirant ses membres ténébreux, elle contaminait les arbres, les animaux et les nuages, qui doucement, perdaient leur consistance, leur existence. Ni la mort, ni le courage ne pouvaient rivaliser avec cette toute puissance. Elyssa, qui divaguait au-delà de son être, ne s’en souciait guère. Sa bougie exorcisait les ténèbres. Son insouciance la purifiait. - C’est décidé ! » S’écria-t-elle à l’encontre d’un miroir qui reproduisait à l’infini ses gestes maladroits et ses mimiques attendrissantes. « Je vais chercher Ark ! Ni maman, ni papa ne m’empêcheront de supplier Eon. » L’une de ses peluches sembla acquiescer. Une autre défigurée par les ténèbres fixait sévèrement Elyssa du regard. « Je retrouverais son ombre et il reviendra vivre avec nous ! » Fronçant les sourcils, résolue à quitter sa geôle, elle attrapa sous son lit, une sacoche qui y sommeillait sagement. Réveillée par tant de précipitation, baillant de surprise, celle-ci recracha son contenu, qui s’affaissa sur le plancher dans un bruit sourd, emmitouflé dans d’épaisses couvertures. Elyssa le saisit délicatement. « Toi, tu viens avec moi ! » Chuchota-t-elle. Puis elle l’enfouit dans la sacoche encore bouche bée. ![]() Malgré leur opacité parfaite, les volets n’étaient guère plus résistants qu’un bouquet de brindilles. L’enfant les poussa lentement, brisant le loquet qui maintenait le tout solidaire. Une lumière sirupeuse s’immisça dans la pièce, noyant sous sa puissance l’aura de la bougie, écrasant les doux yeux d’Elyssa, qui y porta instinctivement une main livide. Le Très Lumineux, dont la course atteignait bientôt son zénith, scintillait, frivole et insouciant. Au loin, les carillons chantaient onze heures. Pourtant l’ombre d’Eon ne s’étalait pas sur le quartier, elle jouait un peu plus loin à persécuter Neuf-Heures. Une montagne de bûches, entassées contre le flanc de la maison, l’invitait à descendre. Agile et légère, elle se laissa glisser jusque sur les pavés, dans la rue déserte où seules la narguaient les portes closes. Un chat roux et famélique la scrutait du coin de l’œil. Son ombre vacillait, telle un drapeau bercé par la bourrasque, encore accrochée à ses pattes tremblotantes. Il ne tarderait pas à disparaître lui aussi. La Ville Cadran s’étendait sur des kilomètres, mêlant étroits et tortueux dédales à quelques avenues liant les bords les plus lointains aux majestueux pieds d’Eon. S’orienter n’était pas chose facile, surtout pour une enfant qui ne jouait jamais très loin de son logis. Pourtant, où que l’on soit, on pouvait se référer à la tour et au soleil pour savoir quelle direction emprunter. Elyssa leva sa minuscule tête ébouriffée vers les nuages empalés sur le titan maléfique. L’avenue des Onze-Âmes, habituellement bondée, s’offrit à elle, déserte et morne. Une allée de prunus sanguins lui traçait la voie jusqu’à Eon. Leurs feuilles parasitées s’animaient lorsque le vent s’engouffrait dans leurs branches. Certains, dépouillés de leur parures bordeaux, avaient subit l’infection. Plus une ombre, plus une forme, plus un signe de vie. Sinistres craquements d’une âme damnée, leurs bras nus claquaient les uns contres les autres, intimant les habitants de s’éloigner. Il ne fallait pas écouter leurs avertissements. Il fallait fondre à toute vitesse vers Eon. Et là bas ? Que faire une fois, là bas ? Elyssa ne s’en souciait pas. Elle supplierait et supplierait encore. Jusqu’à la naissance des larmes, jusqu’à leur mort, éphémère flot d’amour qui raisonnerait jusqu’aux dieux, les interpellerait, les… L’enfant serra le poing. Elle agrippa sa sacoche fermement puis s’élança en avant, activant ses jambe frêles, ses muscles fatigués, son esprit déterminé. Elyssa dévala Onze-Âme, portée par son cœur, portée par les ailes invisibles de l’espoir. Le vent qui remontait l’avenue en sens inverse, transportait avec lui l’odeur âcre des sacrifices, le goût métallique du sang versé gratuitement. Quelques ombres folles essayèrent d’attraper la sienne, mais elle filait, esquivait, sautillait. Elle croisa une vieille femme, allongée près d’un prunus, un enfant criant de douleur face au visage inexpressif de sa mère, un autre chat que des rats s’empressaient de dépecer et enfin un tas de charognes infectées d’ombres joueuses, la frontière de sacrifice. La contournant, elle s’approcha de la resplendissante paroi d’or et ambre tâchée de sang, y déposant ses doigts de porcelaine. Parmi les neuf péchés du Temps, entrer en contact avec la divine structure équivalait à un séjour d’une semaine dans les geôles royales. Mais, en ces jours désastreux, les péchés et les prisons n’avaient plus lieux d’être. Il ne restait plus que les prières incessantes dans les monastères car on avait abandonné les offrandes, souillant de cadavres décomposés les pieds d’Eon. Essoufflée, Elyssa se laissa glisser contre la paroi qui semblait se dérober sous son poids. Le soleil disparut derrière le titan, mais l’ombre n’était pas au rendez-vous. Juste un vide, sans relief, un monde sans saveur. - Elyssa ! Regarde moi ! » Murmure incertain. Son cœur ne voulait plus calmer cette folie. « Elyssa ! Par ici ! » Il n’y avait plus de doute, c’était bien la voix de son frère, transparaissant à travers une masse informe et obscure. L’ombre d’Eon frappait maintenant Onze-Heures. Elyssa frémit. - Ark ! Reviens avec moi à la maison ! » Supplia l’enfant, ne sachant où porter son regard. - Il n’y a plus d’Ark, ma sœur, il ne reste plus que Nous ! Juste Nous ! » Expliquèrent les ténèbres qui se condensaient désormais devant elle, formant la silhouette trouble d’un enfant. - J’ai quelque chose pour t’aider à quitter Eon ! Regarde ! » S’écria Elyssa, plongeant ses mains maculées de sang dans sa sacoche. L’enfant obscur s’approcha de la fillette. - Je ne veux rien de toi ! » Et toucha son ombre. Elyssa bascula en arrière, traversant les parois ambrées qui durant un instant perdirent leur consistance. Une lueur naquit dans les ténèbres, virevoltant autour de l’enfant, essayant de survivre face à l’obscurité poisseuse. Une luciole, échappée d’un bocal brisé voletait apeurée. Elyssa pleurait, les mains sur son visage. - Ark ! » Continuait-elle de chuchoter, cherchant à apercevoir une ombre se détacher de la masse grouillante qui l’entourait. Elle baignait dans une encre impénétrable et même cette minuscule luciole, qu’elle avait capturée pour l’offrir à son frère dans l’espoir d’un retour, ne pouvait s’en dépêtrer. - Ne pleure plus Elyssa, maintenant tu fais partie de Nous ! » L’insecte s’approcha de son visage, l’obscurité s’altéra, laissant place à un dégradé ténébreux et tourbillonnant. « Nous sommes l’ombre qui creuse les rides des vieillards, déterre les côtes des affamés. Nous courbons l’espace et le temps et donnons au monde ses formes. La lumière n’est là que pour nous révéler à eux. Nous t’appartenons, tu nous appartiens ! » Récitèrent des milliers de voix aux timbres multiples, litanie malsaine. « Tu resteras pour toujours avec moi Elyssa ! » Chuchota la voix d’Ark. « Ils ne nous veulent aucun mal ! Dans quelques minutes, nous voyagerons tous ensemble jusqu’au sommet d’Eon ! La Purification nous attend ! » - Pourquoi ne pas simplement rentrer ? Pourquoi ne pas simplement quitter cette tour et vivre heureux, comme avant ! » Sanglota Elyssa, alors que l’obscurité s’apaisait toujours plus, accueillant un paysage mirifique, un océan de coton nuageux. - Nous avons été choisis pour sauver Hyrèa. Les dieux ont besoin de nous pour panser leurs plaies, pour maintenir l’équilibre du monde, en altérant la réalité. Ils ont besoin de notre aide pour quitter la tour. Ils ne peuvent plus contrôler leur puissance. » Expliqua calmement le garçon aux cheveux d’or et la peau d’ambre qui se tenait désormais face à la fillette. Elyssa releva la tête, se plongeant dans l’immensité du firmament, dans la profondeur éthérée des yeux de son frère. Il lui tendit les bras, elle s’y blottit. Sa peine s’envola, attirée par la luciole qui retrouvait la liberté, s’engouffrant dans un nuage. Loin au dessus d’eux, le Très Lumineux atteignait enfin son zénith. Douze heures ! L’ombre n’existe plus. ![]() |
||
|
|
L'eau dans tous ses états !
Au creux des vagues
Sur l'eau glacée
![]()
|
||
|
|
Chapitre 1 - Partie 1
- Que la lumière soit, et la lumière fut. » - Encore une chambre miteuse, infestée par les cafards. » Pensa t’il.
Malgré toutes ces couleurs, quelques nuages gris couvrirent l'esprit d'Edouard. La mort les poursuivait, glissant ses pas dans leur empreinte. Edouard essaya de se remémorer la cause de leur fuite, mais une barrière se dressa dans son crâne. Qu'avait-il fait la nuit dernière pour ne plus se souvenir d'une chose aussi primordiale ? Edouard tâta fébrilement le vide autour de lui à la recherche d'un interrupteur. Rien. Il se releva violemment, la tête emmitouflée dans les couvertures légères et blanches, d'où dépassaient seulement, ses raides cheveux de jais. Il se dépouilla tant bien que mal de sa prison de tissu. Ses mèches glissèrent sur ses joues pâles, devant ses yeux verts, jusqu'à ses épaules. Il portait toujours sa longue chemise noire, fermée par une double rangée de petits boutons plus clairs. Il avait dû se plonger directement dans ses draps, sans réfléchir. Le jeune homme sortit du lit à tâtons pour ouvrir les rideaux. Laisser entrer cette lumière divine. Le sol vacilla sous ses pieds. La fête avait dû battre son plein hier soir ! Il contourna le duvet écroulé en boule sur le sol, s'appuyant sur les murs de bois pour éviter toute chute. Cette chambre s'apparentait plus à la cabine d'un quelconque bateau, avec son hublot empêchant la lumière de filtrer, qu'au nid protecteur qu'offrent d'habitude les Motels perdus en bordure d'autoroute. De nouveau il vacilla pour venir s'écrouler face à la fenêtre circulaire. Derrière lui, sur une étagère, des livres s’écroulèrent, comme si sa perte d’équilibre influençait l’environnement. D'un geste rapide il tira sur les rideaux épais et sombres. Lorsque la lumière s'infiltra dans la pièce, ses yeux s’enflammèrent. Face à lui, un paysage apaisant s'étala, emplie de nuage cotonneux et de quelques morceaux de ciel bleu. Le soleil réchauffa les membres d'Edouard qui se sentit revivre. Un seul détail l'empêcha de profiter pleinement de ce bol de photon. Pourquoi les nuages étaient-ils si proches ? Le ciel pouvait-il être aussi bas ? Edouard eut un mouvement de recule, regardant autour de lui, cherchant le lit d'Alexia. Seul le sien, si petit pour y coucher à deux, trônait au centre de la pièce. Il n'acceptait pas trop que sa soeur puisse dormir avec lui, dans les mêmes draps. Simple question d'éthique personnelle. Mais, il demandait toujours une chambre avec deux lits, pour garder les yeux sur elle. Une chaise de bois bancale grinça lorsqu’une nouvelle secousse fit trembler le plancher calamiteux. Qu'avait-il bu ? Qu'avait-il pris pour ne plus se souvenir de cette soirée ? Où Alexia couchait-elle ? Et comment pouvait-il toucher à ce point du ciel ?
- J'ai dû me rendormir profondément » Conclue t’il, prêt à se pincer la paume de la main. Il avait vu ce genre de réaction dans les films, sans jamais croire que cela pourrait lui tombé dessus. Maintenant il le ressentait. Ce sentiment d’incompréhension face à une situation plus qu’énigmatique. Soudain, à travers l'un des hublots, une silhouette floue aux reflets dorés apparut, comme un bijou perdu au milieu d'une rivière. - Alexia » Murmura le jeune homme. Les yeux émeraudes d'Edouard scintillèrent de joie. Sa soeur n'était pas si loin. Seul un vide profond empêchait leur retrouvailles, mais le garçon ne s’en soucia guère. Il fit volte face, sortit en courant par une petite porte, baissant la tête pour ne pas se cogner contre le montant. Dans le couloir, il évita une femme s'apprêtant à lui adresser la parole, habillée d'une tenue verdoyante, puis monta quatre par quatre les premiers escaliers qui s'offraient à lui, pour enfin goûter au grand jour. Il laissait derrière lui, la demoiselle surpris par tant de vivacité. |
||
|
|
Troisième Visage
![]() Derrière tous les visages se cache le troisième. Il aime se réfugier dans les coins chauds et réconfortant. Il aime fuir la nocivité de notre réalité. Il aime lorsque des bras l'enlacent devenir un petit cocon incassable. Sa prison est aussi son seul épanouissement. Lorsque je tends les membres, je me cogne aux parois. Lorsque je tends l'oreille, elle transforme les sons. J'imagine. J'imagine encore. J'imagine pour fuir. Je crée pour m'échapper. Envie de disparaître pour fuir mes résponsabilités. La Lâcheté... ![]() |
||
|
|
De la Cérémonie des Couleurs
|
||
|
|
Pour Puppy
![]() Découvrez Saez! « Bonjour mon cher Puppy ! Heureusement que tu es là Puppy. Heureusement que tu veilles sur moi. Les cris de papa se sont arrêtés lorsque le téléphone a sonné. Il y a eu un dernier hurlement puis plus rien, comme un gros calme. Comme lorsque tout le monde est couché, et qu’au fond de mes draps, je n’entends que le plancher grincer et le vent dans les branches d’arbres. Alors, j’ai voulut descendre en bas, sortir de ma chambre toute rose, sauf que la porte était coincée. Tu sais, j’ai attrapé très peur. Encore plus peur que quand on va à la piscine et que papa me lâche dans le grand bassin. La pluie cessa. Le ciel gris devint aussi bleu que les yeux de maman. Je crois qu’on m’avait oublié. J’ai regardé ma grosse horloge chat toute verte qui remue la queue à chaque heure. Ca faisait déjà dix minutes. Dix minutes que le vent soufflait calmement. Alors, j’ai eu une idée. J’ai regardé par la fenêtre. Je l’ai ouverte pour laisser le vent rentrer puis j’ai vu maman. En bas. Une bêche à la main, elle se dirigeait vers notre minuscule potager. Mais papa, lui, où était-il ? J’ai crié très fort, comme quand j’ai mal, pour que maman m’entende, vienne m’ouvrir. Mais il y avait trop de vent. Alors je t’ai pris près de moi, te serrant tout fort, me penchant en avant pour que maman me voie. Une seconde plus tard, tout était noir et douloureux. Je crois que je suis mal tombé Puppy. Et je suis tombé avec toi. Avec cette petit urne de toi. J’ai entendu maman crier. Je me souviens de tes cendres dans ma main. Puis, j’ai vu mon papa arrivé en courant vers moi. Puis je me suis éteins, comme les étoiles le matin. J’ai disparu. Maintenant, je suis avec toi Puppy, et je t’écris cette lettre pour que tu puisses un jour me retrouver dans ce pays tout blanc, tout cotonneux, pour que tu saches que je suis là. Je t’aime Grand-Père ! » |
||
|